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16 déc. 2021

«Nous devons poursuivre les objectifs de la Stratégie énergétique 2050»

Le mois dernier, le Conseil fédéral annonçait un risque de pénurie d’électricité à l’horizon 2025 en l’absence d’accord avec l’Union européenne. S’agit-il d’un risque avéré? Quelles en seraient les conséquences? Est-il possible de s’y préparer? Eclairage avec Philippe Délèze, président de l’Association valaisanne des réseaux de distribution et directeur du Groupe SEIC-Télédis.

Interview parue dans la Tribune de l’UVAM (n°4, 2021)

Photo : Thomas Masotti

Trouvez-vous l’annonce du Conseil fédéral trop alarmiste?

Oui, un peu. Je pense que les autorités ont avant tout voulu sensibiliser la population à un risque potentiel dont la plupart des gens n’ont pas conscience. Je suis cependant étonné qu’il ait été fait mention exclusivement des risques encourus à partir de 2025. Loin d’être catastrophique, la situation me paraît en effet plus préoccupante pour l’hiver 2022, comme le montre la flambée actuelle des prix, due aux incertitudes liées aux importations de gaz russe et à des conditions météorologiques estivales peu clémentes pour la production d’énergies renouvelables. Ces difficultés participent à déstabiliser tout le système d’approvisionnement énergétique.

Comment éviter la pénurie?

Nous devons accélérer la transition énergétique dans notre pays et développer notre production d’énergies renouvelables. Actuellement, nous sommes trop dépendants des importations des centrales nucléaires françaises et des usines à charbon allemandes, deux sources d’approvisionnement de moins en moins fiables. Alors que les premières sont vieillissantes, les secondes sont démantelées progressivement.

En englobant également la problématique du CO2, le chemin est tracé : il faut poursuivre les objectifs de la Stratégie énergétique 2050 et viser une production entièrement renouvelable. Pour ce faire, il est essentiel de rendre prioritaires les projets renouvelables, notamment hydrauliques, éoliens et photovoltaïques, et de faciliter leur déploiement. Ceux-ci sont trop souvent bloqués dans de longues procédures d’opposition ou victimes de retards administratifs.

Comment renforcer notre indépendance énergétique en hiver, saison durant laquelle nous consommons et importons plus, sans menacer notre sécurité d’approvisionnement?

Plusieurs moyens peuvent permettre d’y parvenir. Tout d’abord, à court terme, nous pouvons conserver de l’eau dans les barrages en prévision de la période hivernale. Cette option nécessite une indemnisation des producteurs d’électricité, contraints de réaliser des réserves de stockage.

Ensuite, nous devons construire de nouvelles retenues d’eau ou augmenter la capacité de celles existantes. Enfin, il faut investir dans des solutions permettant de stocker l’énergie solaire, dont la production est plus importante en été. A mon sens, c’est seulement après avoir exploré toutes ces pistes renouvelables qu’il serait envisageable de prolonger la durée de vie des centrales nucléaires ou de construire des centrales à gaz, sans pour autant abandonner l’objectif d’une production entièrement renouvelable.

«C’est seulement après avoir exploré toutes ces pistes renouvelables qu’il serait envisageable de prolonger la durée de vie des centrales nucléaires ou de construire des centrales à gaz.»

Quelles sont les mesures prises en cas de pénurie?

La Confédération déploie le plan OSTRAL qui comprend plusieurs mesures en fonction de la gravité de la situation. Outre les appels à économiser de l’énergie, elle peut en premier imposer des interdictions et restrictions de consommation sur certains appareils, comme les installations de climatisation, les ascenseurs ou les éclairages de vitrines.

Deuxièmement, un contingentement peut être imposé aux gros consommateurs, c’est-à-dire aux clients qui consomment plus de 100 000 kWh. Ceux-ci devront économiser une certaine quantité d’électricité.

Finalement, en dernier recours, les autorités peuvent mettre en place des délestages cycliques pour chaque zone de desserte et ainsi interrompre la distribution d’électricité pendant plusieurs heures. Il s’agit de la mesure la plus extrême qui aurait de lourdes conséquences pour l’économie.

En produisant sa propre énergie, une entreprise est-elle épargnée?

S’il y a un délestage sur une partie du réseau, cela concerne tout le monde. Pour avoir de l’électricité dans une telle situation, il faudrait un réseau indépendant, complété par des batteries de stockage. De tels réseaux privés et autonomes n’existent pas et ne se justifient pas financièrement.

En revanche, les entreprises qui investissent dans les énergies renouvelables participent à l’indépendance énergétique de la Suisse et à la viabilité de tout le système. Il ne s’agit pas que d’un acte de solidarité, l’opération étant désormais rentabilisée rapidement et économiquement intéressante, ce qui était moins le cas il y a quelques années. Les entreprises bénéficient de subventions pour de tels projets. Il est donc important que ces soutiens soient maintenus, voire intensifiés, si l’on veut accélérer la transition énergétique.

«Les entreprises qui investissent dans les énergies renouvelables participent à l’indépendance énergétique de la Suisse et à la viabilité de tout le système.»

Conseillez-vous aux entreprises de se doter de systèmes d’alimentation de secours?

Pendant un délestage, les entreprises sont privées d’électricité pendant plusieurs heures. Comme son nom l’indique, un système d’alimentation de secours peut pallier ce problème temporairement, mais ne constitue pas une solution durable en cas de pénurie.

Vous êtes à la tête d’une entreprise qui planifie l’installation de bornes de recharge. Craignez-vous que l’annonce du Conseil fédéral mette un frein à l’essor de l’électromobilité?

Je ne pense pas. Dans tous les cas, l’annonce du Conseil fédéral ne doit pas dissuader les personnes qui souhaitent opter pour un véhicule électrique. En l’état, rien ne le justifie. De plus, le passage à l’électromobilité est nécessaire pour baisser les émissions de CO2. Si tout le parc automobile était électrique, ce qui est actuellement loin d’être le cas, cela représenterait entre 10 et 15% de la consommation totale.

 

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